Le chamanisme
- 10 nov. 2025
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un pont entre la Terre, le Ciel et les Esprits de la nature
Je l'ai déjà mentionné mais il est bon de le répéter, le mot « chamanisme » vient du terme « šaman », issu de la langue toungouse, parlée par des peuples autochtones de Sibérie. Ce mot signifie littéralement « celui qui sait » ou « celui qui voit dans l’obscurité ». Le chaman est donc celui qui perçoit ce que les autres ne voient pas : les mondes invisibles, les forces de la nature, les esprits qui habitent chaque être vivant. Bien avant que n’apparaissent les grandes religions, le chamanisme constituait déjà une forme d’expérience spirituelle universelle. On le considère souvent comme la plus ancienne forme de spiritualité sur Terre, apparue il y a plus de 30 000 ans, voire davantage, selon les découvertes archéologiques et les peintures rupestres représentant des figures chamaniques, comme le démontre la parois de notre magnifque parc national de la Mauricie sur le lac Wapizagonke sur laquelle j'ai décidé de faire mon travail de fin d'études autochtones pour mon plus grand bonheur.
Une spiritualité de la Terre et du Cosmos
Le chamanisme est avant tout une voie de relation, relation avec la Terre, avec le Ciel, avec les forces visibles et invisibles du vivant. Il ne repose pas sur des dogmes ni sur une croyance figée, mais sur une expérience directe. Le chaman est un pont entre les mondes. Il relie les humains aux esprits de la nature — aux animaux, aux plantes, aux éléments, mais aussi aux ancêtres et aux forces cosmiques.Dans cette vision, tout est vivant : la montagne a un esprit, la rivière a une mémoire, le vent porte des messages. Le rôle du chaman est de maintenir ou de restaurer l’harmonie entre les humains et ces autres formes de vie (va voir la vidéo sur mon site de la chamane sibérienne et tu comprendras). Quand l’équilibre est rompu, par la maladie, la souffrance ou le désordre social, le chaman entre en transe pour voyager dans la « réalité non ordinaire », c’est-à-dire un autre niveau de conscience, afin de ramener la guérison ou la connaissance nécessaire.
Le chamanisme, une sagesse universelle
Bien que le mot soit sibérien, le chamanisme se retrouve sur les quatre continents sous des formes multiples mais comparables. C’est une sagesse universelle, née spontanément dans toutes les cultures traditionnelles.
En Asie, berceau du mot « chaman », les peuples de Sibérie, de Mongolie ou du Tibet ont développé des pratiques complexes de transe au tambour, de communication avec les esprits des ancêtres et d’offrandes aux forces de la nature. Le chaman sibérien, souvent vêtu d’une peau d’animal et portant un tambour rond, voyage entre les mondes pour obtenir des visions ou des guérisons.
En Amérique, du Nord au Sud, les traditions chamaniques se sont exprimées dans une grande diversité de formes : chez les Amérindiens des Plaines, le tambour, la danse et la hutte de sudation ouvrent la voie au contact avec les esprits. En Amazonie, les chamans utilisent les plantes de visions, comme l’ayahuasca, pour accéder à d’autres dimensions et recevoir l’enseignement des esprits des plantes.
En Afrique, on retrouve des pratiques semblables chez les guérisseurs et devins traditionnels, souvent appelés sangomas ou ngangas. Là encore, la relation avec les ancêtres et les esprits de la nature est au centre du rituel.
En Europe, bien avant le christianisme, nos ancêtres celtes, scandinaves ou finnois pratiquaient eux aussi des formes de chamanisme. Les druides, par exemple, dialoguaient avec les esprits des arbres et des éléments, cherchant à maintenir l’équilibre entre les mondes humain et naturel.
Ce qui relie toutes ces formes, au-delà des différences culturelles, c’est la même structure fondamentale : l’expérience de la transe, le contact avec les esprits, et le voyage dans une réalité parallèle où le chaman puise savoir et guérison pour la communauté.
Les deux grandes voies du chamanisme : tambour et plantes de visions
On peut distinguer deux grandes approches dans la pratique chamanique : le chamanisme au tambour et le chamanisme avec les plantes de visions.
Le chamanisme au tambour repose sur le rythme, la vibration et le son. Le battement régulier du tambour, souvent autour de quatre à sept coups par seconde, modifie l’état de conscience du chaman. Ce rythme, comparable à celui du cœur ou du galop d’un cheval, agit comme un véhicule de voyage. Peu à peu, la conscience se détache du monde ordinaire pour accéder à une autre réalité — celle des esprits et des symboles. Le tambour est ainsi considéré comme un cheval de pouvoir : il transporte le chaman dans l’invisible.
Le chamanisme avec les plantes de visions, quant à lui, utilise certaines plantes maîtresses — ayahuasca, peyotl, iboga, champignons sacrés… — qui ouvrent l’accès à d’autres dimensions de perception. Ces plantes sont considérées non comme des « drogues », mais comme des enseignants vivants, des esprits dotés d’une conscience propre. Elles permettent de recevoir des visions, des messages ou des guérisons, toujours sous la guidance d’un chaman expérimenté indigène.
Dans les deux cas, le but est le même : accéder à un état modifié de conscience pour entrer en communication avec les esprits et recevoir des enseignements utiles à la communauté.
Les trois composantes essentielles du chamanisme
Pour qu’il y ait véritablement chamanisme, trois éléments doivent être présents :
L’altération de la conscience par la transe: que celle-ci soit provoquée par le tambour, la danse, le chant, le jeûne ou les plantes de visions.
La relation avec les esprits de la nature: animaux, plantes, éléments, ancêtres, divinités locales. Ces esprits sont les alliés du chaman, avec lesquels il collabore dans un profond respect.
Le voyage dans la réalité non ordinaire, c’est-à-dire dans une dimension parallèle où le temps et l’espace n’ont plus les mêmes lois. C’est là que le chaman reçoit les informations, les visions et les forces nécessaires pour guérir ou conseiller.
Ces trois aspects forment le cœur du chamanisme depuis les origines. Qu’il soit pratiqué en Amazonie, en Mongolie ou dans nos sociétés contemporaines, c’est toujours ce même schéma de base qui se manifeste.
Le renouveau du chamanisme dans la société moderne
Depuis quelques décennies, on assiste à un retour du chamanisme dans le monde occidental. Ce mouvement, souvent appelé néo-chamanisme, ne cherche pas à copier les traditions ancestrales, mais à en retrouver l’esprit profond — celui de la connexion vivante avec la nature et le sacré. Les néo-chamanes adaptent les rituels à notre époque : cercles de tambours, voyages guidés, retraites en forêt, méditations avec les éléments, travail de guérison énergétique, etc.
Ce renouveau répond à un besoin spirituel collectif : dans un monde dominé par la technologie et la rationalité, beaucoup ressentent un manque de sens, un éloignement du vivant. Le chamanisme, en rétablissant le lien entre l’humain et la nature, entre le visible et l’invisible, propose une voie de réconciliation, nous apprend à écouter la Terre, à honorer le rythme des saisons, à reconnaître la présence du sacré dans chaque instant. Il invite à vivre non plus contre la nature, mais avec elle.
De plus, les pratiques chamaniques peuvent avoir des effets thérapeutiques profonds. Elles favorisent la libération émotionnelle, la reconnexion à soi, et un sentiment d’unité avec le monde. Sans remplacer la médecine moderne, elles offrent une complémentarité spirituelle et énergétique précieuse.
Une sagesse ancienne pour un monde nouveau
Le chamanisme n’appartient à aucun peuple en particulier : il est le patrimoine spirituel de l’humanité. Il nous rappelle que nous faisons partie d’un grand tissu vivant, relié du plus petit brin d’herbe jusqu’aux étoiles.Dans un temps où la Terre souffre des excès humains, le message du chamanisme résonne comme un appel à la responsabilité et à la conscience : prendre soin du monde, c’est aussi prendre soin de soi.
Redécouvrir le chamanisme, c’est retrouver notre place dans le grand cercle du vivant, entre Terre et Cosmos, entre visible et invisible, entre science et mystère.
Aho !
Nathalia Maria Vicenza,
Photo prise par moi du chaman Hernan dans les Andes lors d'une cérémonie en montagne 🦅





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