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Tradition nordique: Lugnasad

1 août
5 min de lecture

Le temps des récoltes et de la lumière qui commence à décliner

Il y a quelque chose de particulier dans les premiers jours d’août. L’été est encore bien présent, les journées sont chaudes, la nature est généreuse et les jardins débordent de vie. Pourtant, si l’on prend le temps de regarder un peu plus attentivement, on sent déjà un changement subtil. La lumière n’est plus tout à fait la même. Les soirées raccourcissent doucement et, dans les champs, les premières récoltes commencent.

C’est à ce moment précis de l’année que se situe Lugnasad, également appelé Lughnasadh ou Lammas selon les traditions. Cette fête ancienne, célébrée traditionnellement autour du 1er août, marque le début de la saison des récoltes. Elle est l’un des huit grands passages de la roue de l’année et se situe entre le solstice d’été, Litha, et l’équinoxe d’automne, Mabon.

Lugnasad est un moment de transition. Nous sommes encore dans l’abondance de l’été, mais quelque chose commence déjà à basculer. La nature nous rappelle que rien ne reste immobile et que toute croissance porte en elle le moment de la récolte, puis celui du retour vers l’intérieur.

Le nom Lugnasad ferait référence au dieu Lugh, une figure importante de la mythologie celtique, associé notamment à la lumière, aux arts, aux savoir-faire et à l'excellence. Selon la tradition, cette fête aurait été instaurée par Lugh en hommage à sa mère adoptive, Tailtiu, qui serait morte d'épuisement après avoir défriché les terres d'Irlande afin de les rendre cultivables. Les célébrations étaient alors liées aux jeux, aux rassemblements, aux échanges et aux premières récoltes.


Au-delà de la dimension mythologique, Lugnasad nous parle surtout de ce que nous avons semé et de ce que nous sommes maintenant prêts à récolter.

Car la récolte ne concerne pas seulement les champs et les jardins. Elle existe aussi dans nos vies.

Depuis le printemps, nous avons peut-être lancé des projets, pris des décisions, commencé quelque chose de nouveau ou simplement avancé à notre rythme. Lugnasad nous invite à nous arrêter un instant pour regarder ce qui a grandi. Qu'avons-nous cultivé ces derniers mois ? Qu'est-ce qui porte maintenant ses fruits ? Et, à l'inverse, qu'est-ce qui n'a pas pris racine malgré nos efforts ?


Il y a dans cette fête une forme de gratitude, mais aussi une certaine lucidité. Récolter, c'est accepter de voir le résultat de ce qui a été semé. Certaines choses ont prospéré. D'autres non. Certaines ont demandé plus de temps que prévu. D'autres encore sont peut-être arrivées là où nous ne les attendions pas.

Traditionnellement, Lugnasad était associé aux premières céréales et notamment au blé. Le grain mûr représente parfaitement le mouvement de cette période. Pour devenir nourriture, il doit être coupé, le grain doit être séparé de son enveloppe, puis transformé. Il y a donc, au cœur même de la récolte, une forme de sacrifice et de transformation.

C'est peut-être ce qui rend Lugnasad si profondément symbolique, en tout cas, c'est ce qui me touche personnellement.

La lumière est à son apogée, mais elle commence déjà à décliner. Les fruits sont mûrs, mais certains commencent à tomber. Les champs donnent généreusement, mais ils seront bientôt fauchés. La nature nous enseigne que l'abondance et la fin d'un cycle ne sont pas opposées. Elles font partie du même mouvement. Certains ressentiront d'ailleurs, une petite nostalgie apparaître quand la Verge d'Or pointe son nez, car elle annonce elle aussi la fin de l'été.

Lugnasad nous apprend ainsi à accueillir pleinement ce qui est là, sans chercher à retenir le temps.

C'est une fête qui invite à célébrer. À partager un repas, à cuisiner les fruits et les légumes de saison, à faire du pain, à se réunir autour d'une table. Dans les anciennes traditions, les rassemblements et les jeux occupaient une place importante. On pouvait y faire du commerce, conclure des alliances, célébrer des mariages ou participer à des compétitions.

Cette dimension collective est importante. La récolte n'est jamais complètement individuelle, elle est le fruit d'un travail, d'un savoir-faire et d'une relation avec la terre. Lugnasad nous rappelle que nous faisons partie d'un réseau plus vaste et que l'abondance prend tout son sens lorsqu'elle circule et qu'elle se partage.

Aujourd'hui encore, il est possible de retrouver cette essence sans chercher à reproduire exactement les anciens rites. Un pain fait maison, quelques fleurs sauvages sur une table, des fruits fraîchement cueillis, une promenade dans un champ ou un jardin peuvent suffire à créer un espace de connexion.

On peut aussi profiter de cette période pour faire le point sur l'année qui avance. Non pas avec la pression de devoir tout accomplir, mais avec une attention sincère à ce qui est réellement vivant en nous.


Lugnasad nous pose une question simple: qu'est-ce que je récolte aujourd'hui de ce que j'ai semé hier?

Et peut-être une deuxième, tout aussi importante: qu'est-ce que je souhaite continuer à nourrir pour les mois à venir? Personnellement, je prends le temps de répondre à ces questions, le temps d'une ceuillette sauvage ou d'une randonnée en nature, je ne veux pas perdre un instant de connexion avec notre belle nature florissante!

Car si Lugnasad est le temps de la récolte, il est aussi le moment où l'on commence à préparer la suite. Les graines qui seront conservées serviront aux prochaines saisons. Ce qui est récolté aujourd'hui devient la nourriture de demain.

C'est là toute la sagesse de cette période, savoir reconnaître l'abondance lorsqu'elle est présente, honorer le travail accompli et accepter que chaque cycle ait sa propre fin.

Cette notion de récolte et de partage peut aussi faire écho, d'une certaine manière, au Potlatch, une importante tradition cérémonielle pratiquée par plusieurs peuples autochtones de la côte nord-ouest du Canada. Lors de ces rassemblements, les familles et les communautés se réunissaient pour célébrer, honorer les liens qui les unissaient et redistribuer les richesses accumulées. Donner, offrir et partager devenaient alors une manière de renforcer les relations et de faire circuler l'abondance plutôt que de la garder pour soi. Dans cet esprit, la richesse ne prend véritablement son sens que lorsqu'elle est mise au service de la communauté. Cette vision entre en résonance avec l'esprit de Lugnasad : celui d'une abondance qui se célèbre, se remercie et se partage.


Dans la roue de l'année, Lugnasad se trouve donc à un endroit particulièrement subtil. Nous sommes encore dans la chaleur et la lumière de l'été, mais nous pouvons déjà percevoir le mouvement qui nous conduira peu à peu vers l'automne. La nature ralentira, les feuilles changeront de couleur, puis viendra le temps du dépouillement et de l'intériorité.

Mais pour l'instant, ce n'est pas encore le moment de se retirer, c'est le moment de célébrer,

De remercier la terre pour ce qu'elle offre, de reconnaître ce qui a grandi grâce à nos soins. De partager ce que nous avons récolté. Et peut-être, simplement, de prendre conscience de la richesse qui nous entoure déjà.

Lugnasad nous rappelle finalement une chose essentielle : la vie est faite de cycles. Il y a un temps pour semer, un temps pour prendre soin, un temps pour récolter et un temps pour laisser partir.

Et si nous savons accueillir chacun de ces passages, nous découvrons que même lorsque la lumière commence doucement à décroître, elle ne disparaît jamais vraiment. Elle change simplement de forme, nous invitant à regarder autrement.


Texte inspiré du livre Tresser les Herbes sacrées de Robin Wall Kimmerer


Nathalia Maria Vicenza


 
 
 

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